Alain Chantreau : « notre profession a beaucoup évolué en vingt ans »

À un âge certain, il faut bien passer le flambeau… Alain Chantreau va céder dans quelques jours la présidence du Conseil Départemental de l’Ordre des Chirurgiens-Dentistes du Rhône après plus de vingt ans de mandature. L’occasion d’évoquer avec lui les dossiers emblématiques traités par le CDO et de partager sa vision sur l’évolution de la profession.

Quelles sont les principales prérogatives du Conseil Département de l’Ordre ?

« La mission du CDO, garant de la déontologie de la profession, est à la fois d’ordre administrative, réglementaire et disciplinaire.  Administrative, car il s’agit de vérifier la conformité des diplômes, notamment des confrères qui viennent exercer en France en provenance de l’étranger. Réglementaire, car notre profession est régie par un code de déontologie issu du code de la Santé Publique. Si un confrère est en contradiction avec ces règles déontologiques, le CDO intervient alors, d’abord dans une approche de conciliation, ensuite via les instances disciplinaires si aucun compromis n’est trouvé.

Enfin, le CDO a aussi un rôle de conseil sur les conditions d’exercice de la profession, notamment auprès des jeunes diplômés. »

Combien de dossiers sont traités par le CDO ?

« En moyenne, une centaine de plaintes sont enregistrées chaque année. Mais ce chiffre a tendance à augmenter, car les patients sont de plus en plus procéduriers et souvent accompagnés d’un avocat. Dans la grande majorité des cas, il s’agit de recours pour soins non avérés et manque d’information du praticien. Tout est question ensuite de bonne foi… »

Que deviennent toutes ces plaintes ?

« À peine 10% font l’objet d’une instruction par la section disciplinaire du CDO. La plupart sont donc abandonnées après une procédure de conciliation. »

Comment se passe la démarche disciplinaire ?

« Le CDO instruit les plaintes. Si la conciliation n’aboutit pas, le dossier est transmis à la chambre disciplinaire de première instance, juridiction issue du Conseil Régional de l’Ordre et présidée par un magistrat professionnel. »

Quelles sont les sanctions prononcées ?

« Cela peut aller du blâme à l’interdiction d’exercer, avec ou sans sursis, de quelques semaines à plusieurs années. Heureusement, durant toutes ces années de présidence, je n’ai jamais connu une telle extrémité, jamais vu une consœur ou un confrère condamné sur le plan pénal. »

Justement, que retenez-vous de ces deux décennies de présidence ?

« D’abord, que j’ai vécu plus de vingt années passionnantes. Durant cette période, notre métier a énormément évolué, tant au niveau technologique que des conditions d’exercice. Le développement de l’implantologie a été une vraie révolution, pour les confrères comme pour les patients. L’avènement des centres dentaires a aussi généré un grand chambardement et un vent de panique. A l’origine, ces centres étaient bien vus, car ils répondaient à une volonté politique de démocratisation des soins dentaires. Le problème, c’est qu’ils sont aujourd’hui gérés par des financiers qui prospèrent sous couvert d’associations Loi 1901. Les chirurgiens-dentistes qui exercent dans ces centres n’ont aucun pouvoir. Résultat, on se retrouve devant un flot de litiges et de procédures pour soins incorrects. »

Quelques sont les dossiers emblématiques que vous avez eu à traiter ?

« Le plus marquant, sans aucun doute celui de l’affaire Dentexia. Les pouvoirs publics ont mis six ans à prendre conscience du danger que représentaient ces centres dentaires, alors que nous avions alerté depuis longtemps sur les dérives de ces structures. J’ai la satisfaction d’avoir contribué à stopper ce massacre. Mais je suis aussi frustré, car 3 000 patients sont aujourd’hui toujours au pénal pour essayer d’obtenir un dédommagement. Certains ont emprunté des sommes importantes pour faire réaliser des soins qu’ils n’ont jamais reçus. »

Êtes-vous inquiet par rapport à l’évolution de la profession ?

« Forcément un peu, quand je constate l’approche mercantile de ces centres. Pour suivre l’évolution technologique, les investissements sont de plus en plus conséquents. Le financier, l’impératif de rentabilité, devient alors une priorité dans ces structures soi-disant associatives qui favorisent la surmédicalisation sous couvert de low-cost. Pour contrer cette menace, de plus en plus de chirurgiens-dentistes se regroupent dans une structure libérale commune. C’est sans doute l’une des solutions pour amortir les investissements, rester performants et contrecarrer ainsi la progression des centres dentaires. »

Interview

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *