Manque de chirurgiens-dentistes : « nous avons cinq à six ans à tenir »

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Selon Thierry Renevier, chirurgien-dentiste à Privas et président du Conseil de l’Ordre de l’Ardèche, l’accès aux soins bucco-dentaires devrait considérablement s’améliorer d’ici quelques années. Un discours optimiste, pour un praticien qui ne ménage pas ses efforts (GreenCab, cabinets incubateurs, dentistes retraités…) pour lutter contre la pénurie dentaire, dans un territoire particulièrement touché.

 

Quel est votre regard sur l’évolution de la désertification dentaire en Ardèche ?

Il y a 35 ans, je ne me voyais pas m’installer ailleurs qu’à Lyon ou Paris. Mais il y avait alors tant de praticiens que j’ai opté pour Privas. Et je ne regrette pas mon choix ! Mais nous avons réalisé il y a 15 ans, du fait des départs en retraite, que nous n’arrivions plus à soigner tout le monde. Et pour une blouse blanche, c’est quelque chose de très difficile d’avoir à refuser des patients. Cela mérite que l’on multiplie les initiatives pour trouver des solutions, en attendant que la démographie dentaire ne s’améliore.

 

Vous êtes très optimiste à ce sujet : pensez-vous que l’accès aux soins bucco-dentaires va s’améliorer ?

Ce n’est pas moi qui le dit, mais le Conseil National de l’Ordre et la Caisse de retraite de Dentistes. Les grandes villes sont restées plutôt bien pourvues en chirurgiens-dentistes. L’ouverture du numerus clausus et la hausse du nombre de praticiens formés à l’étranger, que ce soit en Espagne, en Roumanie ou au Portugal, va augmenter notre nombre. Nous avons encore cinq ou six ans à tenir. Car lorsque les zones attractives seront à nouveau saturées, ces nouveaux chirurgiens-dentistes reviendront dans les zones sous-dotées mais attractives comme l’Ardèche.

 

Thierry Renevier : « on sème pour récolter »

 

En attendant, il faut colmater les brèches et le Conseil de l’Ordre de l’Ardèche est particulièrement proactif en la matière. Quelles sont vos priorités ?

Depuis que je suis président du Conseil de l’Ordre, j’en ai cinq principales. La première, que nous avons concrétisée avec l’URPS CD ARA, consiste à inviter des étudiants dentaires à venir découvrir l’Ardèche. Il n’y a pas encore eu de confirmation, mais si au moins l’un d’entre eux décide de s’y installer, ce sera déjà une réussite. On sème pour récolter !

Autre défi, compter sur nos cabinets incubateurs : des cabinets de grande taille, susceptibles de permettre à des maîtres de stage de former des étudiants qui resteront en fin de stage pour, à terme, devenir collaborateurs et, au moment de s’installer, choisir de rester dans le département. Nous avons plusieurs cabinets incubateurs de ce type dans le département.

 

Les étudiants sont une ressource. Les dentistes retraités également ?

Tout à fait. La troisième priorité consiste à s’appuyer sur des chirurgiens-dentistes retraités, désireux de poursuivre en partie leur activité. L’Ardèche est un département attractif pour les jeunes retraités et le Conseil de l’Ordre reçoit régulièrement des appels de praticiens désireux de dépanner, pendant quelques mois, voire quelques années. Nous en avons ainsi déjà plusieurs qui exercent sous ce statut en Ardèche.

 

GreenCab : plusieurs chirurgiens-dentistes prêts à s’installer

Vous vous êtes également fortement impliqués dans l’expérimentation du GreenCab, à Saint-Julien-en-Saint-Alban.

Nous souhaitons en effet nous appuyer sur tout ce qui est novateur, ce qui est le cas du cabinet éphémère qui a fonctionné entre juin et décembre dans un secteur particulièrement sous-doté. Lorsque l’URPS CD ARA nous a contacté, nous avons foncé et remporté le marché. Tout a été ficelé en une semaine. Il faut savoir être réactif pour bénéficier de ce type de solutions innovantes et réellement efficaces. Et dans le même ordre d’idée, je me suis déjà positionné sur une autre initiative de l’URPS, celle des cabinets dentaires itinérants destinés aux Ehpad. Nous espérons que ce projet prendra vie dès 2024, en partage avec nos voisins de la Drôme.

 

Quel bilan tirez-vous de l’expérience GreenCab ?

Nous avons d’abord senti un vrai vent d’enthousiasme, avec une belle synergie entre le Conseil National, le Conseil Départemental de l’Ordre, l’URPS CD ARA, l’ARS, la CPAM… Cette action a renforcé la notoriété du Conseil de l’Ordre de l’Ardèche, démontrant notamment qu’il est un acteur énergique dans les initiatives pour favoriser l’accès aux soins.

Concernant le GreenCab lui-même, nous avons été submergés d’appels de patients, dès la première semaine. Nous avons d’ailleurs fait appel à un chirurgien-dentiste retraité pour réguler les appels : il y a des confrères très dévoués ! Bref, le cabinet éphémère a permis de soulager les cabinets des alentours, les services d’urgence et, bien sûr, la population locale.

 

Le départ du GreenCab ne va-t-il pas créer un vide ?

Je ne suis pas inquiet, car nous constatons un effet très vertueux à l’installation de ce cabinet éphémère. Plusieurs chirurgiens-dentistes qui en ont assuré le fonctionnement ou assuré des vacations sont en effet intéressés à venir s’installer dans le secteur !

 

Accès aux soins : s’organiser en autonomie dans les territoires

Quelle est votre cinquième et dernière priorité ?

Faire fructifier la puissance des Maisons de Santé Pluridisciplinaires et des CPTS. Ces structures permettent aux professionnels de santé d’organiser en autonomie l’organisation de l’offre de soins sur un territoire défini, en s’appuyant sur les nouvelles missions fixées par le gouvernement et déployées par l’ARS. Cela va notamment favoriser les installations dans les zones sous-dotées, et c’est un cheval de bataille sur lequel nous allons clairement nous appuyer.

 

Avez-vous le sentiment que certains freins administratifs se lèvent ?

Il en subsiste certains, et heureusement, car ils permettent de canaliser les dérives éventuelles, à l’image de la prolifération des centres dentaires. Mais on constate aussi certaines facilités nouvelles, comme le fait de pouvoir exercer avec le statut de retraité en gardant son inscription à l’Ordre. Les chirurgiens-dentistes sont également mieux informés des possibilités de travailler ailleurs, et autrement. Et la réforme du statut d’assistant dentaire va également beaucoup nous soulager.

 

À SAVOIR

Thierry Renevier a 61 ans et exerce à Privas (chef-lieu de l’Ardèche) depuis le début de son activité libérale. Il préside le Conseil de l’Ordre de l’Ardèche depuis 5 ans.

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