Déserts dentaires : « il y a urgence dans certains départements ! »

Votre URPS a récemment organisé une réunion pour évoquer les problèmes de démographie dentaire sur le territoire du Puy-en-Velay (Dép.43). Une illustration flagrante des déserts médicaux constatés dans certaines zones, notamment rurales, d’Auvergne-Rhône-Alpes. Eric Lenfant, président de l’URPS CD ARA, lance un cri d’alarme !

Quels enseignements tirez-vous de la réunion organisée début septembre par l’URPS sur la thématique « Démographie : Puy-en-Velay » ?

Il y a de véritables urgences dans des villes comme le Puy-en-Velay ou Saint-Paul-de-Chalançon, et plus généralement dans différentes communes de la Haute-Loire. Le problème se pose dans des bassins de soins à faible densité démographique professionnelle. Des secteurs où les chirurgiens-dentistes sont âgés de plus de 55 ans ou sont déjà partis à la retraite sans être remplacés. Cette aggravation de la situation dans les zones sous dotées est d’autant plus dommageable qu’à l’inverse, on assiste à un emballement de l’offre dans les zones surdotées. En cause, notamment, l’hérésie des centres de soins déviants qui pullulent et creusent le fossé. Face aux déserts médicaux, n’est-ce pas scandaleux de laisser proliférer ces centres tenus par des affairistes alors que l’IGAS a tiré le signal d’alarme il y a des années ?

Ce phénomène de désertification dentaire touche-t-il d’autres villes, d’autres secteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes ? A-t-il tendance à s’accélérer ?

Effectivement, ce phénomène touche tous les départements, y compris des grandes villes, mais pas partout dans la région. Une situation tendue dans le Rhône dérape en Isère, y compris à Grenoble où certains cabinets refusent de prendre jusqu’à 10 nouveaux patients (peut-être les mêmes) chaque jour et en oblige d’autres à faire plusieurs kilomètres pour se soigner. Tout se passe comme si notre actuel système de santé était en train de sombrer. Et cela, malgré les contrôles, les contraintes conventionnelles, les blocages et baisses tarifaires, les obligations de soins, le RAC 0…  Il devient parfois compliqué de se faire soigner, voire impossible de prendre en charge les urgences, y compris dans les grandes villes. On retrouve aussi ces tensions sur la prise en charge des enfants, des personnes en situation de handicap ou en précarité. Ces préoccupations sont communes avec d’autres professions de santé ! 

Comment expliquer une telle aggravation de la situation en Auvergne-Rhône-Alpes ?

L’exode rural n’est pas nouveau, même si l’insécurité urbaine et les pandémies semblent ralentir la tendance. Selon l’OMS, en 2050, 70% de la population vivra en ville. Le déséquilibre s’accélère entre les villes universitaires à forte densité professionnelle (où explosent les centres), et le vide sidéral de quelques-unes de nos campagnes. Dégoutés par les conditions, la solitude et la lourdeur administrative du libéralisme, les jeunes praticiens fuient le maillage territorial équilibré pour se regrouper en ville ! Comble, le protocole Covid rallonge encore le temps de prise en charge des patients.

Les politiques ont longtemps cru qu’en limitant l’offre, on limiterait la demande en soins dentaires. En réalité, c’est absurde, car des soins dentaires précoces sont une obligation. Conséquence de la course aux actes curatifs, on a oublie les actions préventives et à l’âge de 75 ans, on se demande pourquoi tant de Français sont édentés ! C’est le résultat quand on laisse l’économie asphyxier la santé ! Il faudrait une vraie politique de prévention, des cotations adaptées à des actes chronophages ! 

Le chirurgien-dentiste n’est pas un généraliste. Quand il doit gérer une urgence, il lui faut du personnel, un plateau technique et il a des normes chirurgicales à respecter ! Bref, il faudrait facturer le triple ! Là encore, n’est-ce pas se moquer des professionnels, car contraindre toujours plus et payer toujours moins n’a qu’un temps… Les libéraux de santé n’en ont plus que le nom : tarifs bloqués, des charges et des contraintes, peu d’avantages et moins de liberté. On méprise le secteur de la santé et on s’étonne que ça ne marche pas !…

Les chirurgiens-dentistes ne sont pas corvéables à merci, et leur agenda déjà surchargé ne permet pas de contrebalancer une politique de santé réellement défaillante. 

Nous ne sommes pas, et ne serons jamais, la variable d’ajustement. Les commissions mixtes de refus de soin n’y changeront rien, car si les confrères refusent des soins, c’est qu’ils sont au bout de ce qu’ils peuvent faire  ! 

Rappelons la dernière enquête du CNO sur l’épuisement professionnel : 2500 praticiens sur 6000, soit plus d’un tiers, étaient touchés par les premiers signes d’un « burn-out ». En ce qui concerne notre grande enquête ARA, c’était 9 praticiens sur 10 qui ressentaient cette lassitude professionnelle ! 

Quelles sont les solutions pour sortir de cette impasse ?

Des solutions durables et pérennes existent : la première est bien entendu une valorisation des actes “conservateurs” à la valeur du coût du plateau technique dentaire. On a des normes chirurgicales à respecter. Or, une consultation est moins rémunérée qu’un généraliste assis sur un tabouret.

Quand mettrons-nous en place une politique de prévention efficace ? Seul un meilleur suivi des patients évitera d’avoir recours, à terme, aux consultations en urgence à répétition.

Il est plus démagogique de faire campagne sur une réforme comme le « reste à charge zéro ».

Arrêtons de mépriser les professionnels de santé. Commençons par les payer au lieu de les bloquer et engraisser des assureurs ou des administratifs. C’est le grand mal de notre système de santé. Sauf que le libéralisme de santé est notre avenir !

De nombreuses communes de Haute-Loire déplorent le départ en retraite de leurs praticiens. Face à cette pénurie de chirurgiens-dentistes, le territoire du Velay lance un appel aux professionnels de santé susceptibles de s’implanter dans ce secteur d’Auvergne-Rhône-Alpes. Des besoins urgents sont signalés sur les communes suivantes : Allègre, La Chaise-Dieu, Blavozy, Laussonne, Lantriac / St Julien, Cayres et Costaros.

Pour plus de renseignements, contactez Maud Gagne, chargée de mission « accueil des professionnels de santé » au Syndicat mixte du Pays du Velay (04 71 57 67 90 ou 06 68 50 11 70).

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