Tests salivaires : essai transformé pour l’expérimentation en AuRA

L’URPS CD ARA reste à la pointe de l’innovation dans la lutte anti-Covid. Lancée fin octobre, l’expérimentation des tests par prélèvement salivaire dans les cabinets dentaires de quatre départements de la région a été riche d’enseignements. Plus d’une centaine de prélèvements ont été réalisés pour un taux de positivité proche de 20%.

Tester-alerter-protéger. Alors que la polémique enfle sur les lacunes en matière de dépistage de masse, l’URPS CD ARA a décidé d’apporter sa contribution active dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 en expérimentant une nouvelle technologie prometteuse : le prélèvement salivaire. 

Depuis plusieurs mois, notre URPS travaille à la mise au point de ce test diagnostic salivaire révolutionnaire développé à partir des recherches du CNRS de Montpellier. L’objectif ? Faire reconnaître la salive comme vecteur du virus et élément de dépistage fiable. Mission accomplie… grâce à la participation des chirurgiens-dentistes et de leur personnel dans quatre départements pilotes : Isère, Savoie, Puy-de-Dôme et Rhône.

Concrètement, dans le cadre de cette recherche médicale, tous ceux qui craignaient d’avoir contracté le virus pouvait – avec leur consentement éclairé – collecter 1 ml de salive à titre expérimental dans un flacon stérile. Puis, une personne asymptomatique déposait en drive le flacon salivaire pour effectuer ensuite le test, les jeudi 5 et vendredi 6 novembre.

Au total, 110 flacon salivaire ont ainsi pu être traités avec un procédé amplifiant le signal grâce à deux phases de RT. Les résultats sont éloquents. Sur les 106 flacons adressés, 23 ont révélés une positivité au Covid-19. Soit un taux proche de 20%.

Un diagnostic fiable et précoce

A la lumière de cette expérience menée par l’URPS CD ARA, il s’avère que le test par prélèvement salivaire donne un diagnostic fiable et précoce. La positivité serait en effet révélée même si vous n’êtes pas encore symptomatique… donc contagieux. Le taux de faux négatifs serait aussi plus faible que pour les tests nasopharyngés. 

Autre argument, son coût, moindre (20 € et gracieux dans le cadre de l’étude) que les autres expérimentations.  

Enfin, dernier atout de ce procédé, le prélèvement de la salive est infiniment moins désagréable qu’un écouvillonnage nasal.

Conclusion : plus simple et plus rapide qu’un test RT-PCR réalisé à partir d’un prélèvement nasopharyngé, la technique RT-LAMP (1) pourrait compléter efficacement les dispositifs de dépistage actuellement en vigueur. D’autant qu’elle pourrait être couplée avec un dépistage du virus de la grippe en peine période épidémique.

Un premier avis favorable

Reste maintenant à souhaiter que l’expérimentation menée par notre URPS contribue à convaincre les autorités de santé de l’intérêt de cette technologie dans leur stratégie de dépistage. Malgré les réticences de certains lobbies puissants… Un courrier a été adressé en ce sens au ministre de la Santé, Olivier Véran. Courrier dont vous trouverez copie ci-dessous. 

En attendant, grâce à vous, avec vous, la lutte contre la pandémie de Covid-19 s’éclaire d’un jour nouveau. Une première étape vient d’être franchie. En effet, la Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu un avis recommandant l’usage de la détection virologique par RT-PCR pour les sujets présentant des symptômes de l’infection depuis moins de 7 jours, lorsque le prélèvement nasopharyngé n’est pas possible. D’autres décisions sont attendues dans les prochaines semaines.

Nous vous tiendrons évidemment informés de l’évolution de ce dossier qui nous tient particulièrement à cœur. Les chirurgiens-dentistes demeurant, par nature, parmi les professionnels de santé les plus exposés à la contamination.

(1)  Cette technique amplifie l’ARN viral puis révéle (ou non) sa présence dans un échantillon salivaire chauffé durant deux phases d’une demi-heure. La lecture du résultat se fait ensuite simplement à partir d’un réactif coloré.

COURRIER ADRESSE A MONSIEUR LE MINISTRE DE LA SANTE 

« Monsieur le Ministre,

Depuis mars, nous sollicitons vos services pour que les chirurgiens-dentistes qui le souhaitent puissent en tant que profession médicale (particulièrement exposée) tester leurs patients par TROD naso ou oropharyngé ou salivaire, covid et grippe, et participer ainsi à l’effort national de dépistage. Nous avons dépassé la cinquantaine de mails à vos services en vain…

Pour preuve, nous avions organisé un premier dépistage inquiétant entre professionnels en avril. Nous sollicitons depuis juin l’autorisation d’utiliser, en plus de ces TROD, la solution EasyCov qui parait fiable car nous avons organisé dans le cadre de la recherche RUO un second dépistage professionnel édifiant en octobre.

Nous sommes en novembre et à ce jour nous constatons que les chirurgiens-dentistes sont toujours oubliés et tout juste autorisés à participer aux prélèvements nasopharyngés et salivaires ! Mais toujours rien n’est spécifié pour l’utilisation de ces TROD (Covid + Grippe) au cabinet ou de la solution EasyCov au fauteuil. 

Aujourd’hui nous nous insurgeons devant l’exposition évitable des chirurgiens-dentistes, du personnels des cabinets dentaires (assistantes dentaires, secrétaires médicales, prothésistes, femmes de ménage….) et de la totalité de leur patientèle parce que notre profession qui travaille dans la bouche, dans la salive, dans un local confiné (malgré l’aération et les épurateurs) avec le risque d’éclaboussure (il suffit de regarder l’état de nos visières après le moindre soin), le risque lié au aérosol des turbines ou des détartreurs, a tout simplement était oubliée, oubliée des dépistages, oubliées des tests, oubliées des nomenclatures des actes, oubliés des remboursements, oubliées ne serait-ce que pour obtenir une liste de TRODS oropharyngés ou salivaires validées par nos autorités…

Maintenant que nos services reconnaissent, enfin, la salive comme vecteur du Covid,  permettez à notre profession, la plus concernée, de tester du début à la fin ses cas ! 

En conséquence, nous sollicitons urgemment de votre haute bienveillance un texte clair qui établisse l’utilisation des TRODS par les chirurgiens-dentistes (TROD Covid et grippe à commencer par la solution EasyCov du CNRS de Montpellier, actuellement distribuée dans les entreprises ou même les mairies ! )  

Bien respectueusement

Dr Eric Lenfant

Pour l’URPS CD ARA

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